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-===== Brague (1988:479-481) – HISTORICIDADE DA vida =====+===== HISTORICIDADE DA vida (1988:479-481) =====
 Par là, le phénomène du bonheur permet de constater un trait fondamental de la vie humaine, le caractère historique de celle-ci. Je prends cet adjectif en son sens le plus banal, peut-être le plus profond : vivre, c’est être le sujet de sa propre histoire. Ce n’est pas seulement ressortir à la Biologie, c’est avoir une biographie . Être en vie, c’est mener une certaine vie, et pas simplement se trouver en vie. « Être » ne signifie pas, dans ce cas, « se trouver », à la façon dont une chose « se trouve là », mais implique un processus interne. La vie, parce qu’elle est une energeia, participe de la caractéristique de l’energeia rappelée plus haut : elle n’est pas un simple hyparchein, mais un gignesthai, pas un simple « se trouver là », mais un « advenir ». Ce devenir, ce processus, n’est pas tant la façon dont je conduis ma vie en choisissant (480) à chaque instant ce que sera mon avenir que, déjà, un advenir intérieur à mon présent. Je ne puis être en vie actuellement sans être l’aboutissement d’un passé que je possède comme le mien. Ce passé, parce que ma vie présente en est le résultat, n’est pas révolu. Il fait partie de ma vie présente. Je vis, et tout ensemble j’ai vécu. Mais en même temps, précisément parce que l’« avoir vécu » est intégré à mon présent, il participe des caractères de celui-ci. En particulier, il est aussi peu esquivable que ne l’est mon présent. Il me suit, non comme un élément étranger que je pourrais éventuellement semer, mais comme une traînée dont je ne puis me défaire. Ce sillage inévitable est même si vivement (et, le cas échéant, si pesamment) présent, que le moi sur lequel il projette son ombre, il va jusqu’à le constituer. J’ai parlé de l’historicité de la vie. Or, ce qui mérite ce nom n’est pas d’abord le déroulement d’événements ; c’est avant tout le fait que ces événements m’arrivent, à moi et à personne d’autre à ma place — ce qui n’a rien d’étonnant, car ils m’arrivent pour ainsi dire de l’intérieur de moi-même, puisqu’ils font de moi celui que je suis. La problématique classique de la permanence du sujet s’approfondit ici en remontant à ce qui contraint de poser un tel problème : l’existence même du sujet. Tous les événements qui m’arrivent se placent pour ainsi dire dans le fil de l’événement premier par lequel je me suis arrivé à moi-même. La concomitance (hama) du « je vis » et du « j’ai vécu » prend de ce point de vue l’aspect d’un lien nécessaire : dès que l’on a « je vis », on ne peut pas ne pas avoir, sans qu’on puisse les séparer, « j’ai vécu ». Le lien des deux est ce qui fait de la vie un destin. Non pas, évidemment, un destin qui me surviendrait et qui pèserait du dehors sur un moi déjà constitué, mais celui qui me fait survenir moi-même (cf. Iliade, 6, 488 s.). Il n’est de vie que renvoyant à une donne première, à un destin qui la rend historique. Par là, le phénomène du bonheur permet de constater un trait fondamental de la vie humaine, le caractère historique de celle-ci. Je prends cet adjectif en son sens le plus banal, peut-être le plus profond : vivre, c’est être le sujet de sa propre histoire. Ce n’est pas seulement ressortir à la Biologie, c’est avoir une biographie . Être en vie, c’est mener une certaine vie, et pas simplement se trouver en vie. « Être » ne signifie pas, dans ce cas, « se trouver », à la façon dont une chose « se trouve là », mais implique un processus interne. La vie, parce qu’elle est une energeia, participe de la caractéristique de l’energeia rappelée plus haut : elle n’est pas un simple hyparchein, mais un gignesthai, pas un simple « se trouver là », mais un « advenir ». Ce devenir, ce processus, n’est pas tant la façon dont je conduis ma vie en choisissant (480) à chaque instant ce que sera mon avenir que, déjà, un advenir intérieur à mon présent. Je ne puis être en vie actuellement sans être l’aboutissement d’un passé que je possède comme le mien. Ce passé, parce que ma vie présente en est le résultat, n’est pas révolu. Il fait partie de ma vie présente. Je vis, et tout ensemble j’ai vécu. Mais en même temps, précisément parce que l’« avoir vécu » est intégré à mon présent, il participe des caractères de celui-ci. En particulier, il est aussi peu esquivable que ne l’est mon présent. Il me suit, non comme un élément étranger que je pourrais éventuellement semer, mais comme une traînée dont je ne puis me défaire. Ce sillage inévitable est même si vivement (et, le cas échéant, si pesamment) présent, que le moi sur lequel il projette son ombre, il va jusqu’à le constituer. J’ai parlé de l’historicité de la vie. Or, ce qui mérite ce nom n’est pas d’abord le déroulement d’événements ; c’est avant tout le fait que ces événements m’arrivent, à moi et à personne d’autre à ma place — ce qui n’a rien d’étonnant, car ils m’arrivent pour ainsi dire de l’intérieur de moi-même, puisqu’ils font de moi celui que je suis. La problématique classique de la permanence du sujet s’approfondit ici en remontant à ce qui contraint de poser un tel problème : l’existence même du sujet. Tous les événements qui m’arrivent se placent pour ainsi dire dans le fil de l’événement premier par lequel je me suis arrivé à moi-même. La concomitance (hama) du « je vis » et du « j’ai vécu » prend de ce point de vue l’aspect d’un lien nécessaire : dès que l’on a « je vis », on ne peut pas ne pas avoir, sans qu’on puisse les séparer, « j’ai vécu ». Le lien des deux est ce qui fait de la vie un destin. Non pas, évidemment, un destin qui me surviendrait et qui pèserait du dehors sur un moi déjà constitué, mais celui qui me fait survenir moi-même (cf. Iliade, 6, 488 s.). Il n’est de vie que renvoyant à une donne première, à un destin qui la rend historique.
  
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